ITF réclame un corridor humanitaire dans le détroit d’Ormuz afin de libérer les équipages

21/05/2026

ITF réclame un corridor humanitaire dans le détroit d’Ormuz afin de libérer les équipages. 

La Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) a adopté, à Rotterdam, le 14 mai 2026, une motion d’urgence soutenue par plusieurs syndicats européens, dont la CFDT et la CGT, pour demander l’ouverture d’un corridor humanitaire maritime dans le golfe arabo-persique et le détroit d’Ormuz. 

Dans un communiqué, ITF s’alarme sur la situation des 20 000 marins bloqués dans le golfe Persique en raison de la guerre en Iran. Elle a aidé au rapatriement de 540 d’entre eux et indique aussi avoir reçu 2 200 demandes d’assistance. Elle s’indigne de l’absence de réactions de nombreux Etats du pavillon, tels le Panama, les Comores ou la Tanzanie, des Etats d’origine des marins concernés, du laxisme des armateurs, notamment ceux qui considèrent que la guerre constitue un cas d force majeure, rompant les contrats de travail, suspendant le versement des rémunérations et négligeant les rapatriements. L’ITF indique avoir reçu 2 200 demandes d’assistance dans la région, depuis début mars et le blocage de facto du détroit par la République islamique. La moitié d’entre eux a à voir avec des salaires non versés et les droits contractuels ; environ 20 % sont des demandes de rapatriement ; et approximativement 10 % concernent des situations critiques à bord sur les approvisionnements essentiels.

ITF réclame auprès des États et armateurs, un droit garanti au rapatriement, le paiement des salaires dus et des recours juridiques pour les marins abandonnés.

ITF rappelle que le Forum International de négociation (IBF), né en 2003, a classé la zone comprenant le golfe arabo-persique, le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman en zone de guerre, ouvrant droit à des mesures de protection spécifiques pour les équipages, notamment en matière de rapatriement, de volontariat, de doublement des salaires. ITF souligne également les appels de l’Organisation maritime internationale (OMI) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) en faveur de la protection des navires civils et des marins opérant dans la région. 

Cet accord IBF concerne 15 000 navires et 250 000 marins. La flotte mondiale est évaluée à 74 000 navires par le rapport ICS Seafarers Worforce 2023. S’il concerne Maersk et la CMA-CGM, il ne concerne pas l’armateur Bourbon et ses supplies ; les marins de Bourbon ont réclamé que l’accord IBF soit intégré dans leur convention collective, quand l’armement ne leur a annoncé qu’une prime de risque de 15 %., début avril 2026 ; il est intéressant que cette convention collective internationale (IBF) devienne une véritable référence pour des armements actuellement non concernés. 

Le réseau international d’assistance et de bien-être des gens de mer (ISWAN), organisation internationale gérant une ligne d’assistance téléphonique a constaté une forte augmentation des appels et messages de détresse depuis fin mars. 

Personne ne peut prévoir l'avenir, mais la liberté de navigation dans ce détroit semble compromise, même si elle est affirmée par la Convention des Nations sur le droit de la mer (CNUDM) de 1986, que ni les USA, ni l'Iran, ni les Émirats Arabes Unis n'ont ratifiée. Le lundi 18 mai, l'Iran a institué une Autorité du détroit du Golfe Persique, instance de contrôle du détroit d'Ormuz, profitant des tensions actuelles, de son occupation, depuis novembre 1971, de trois îles - Abou Moussa, Petite Tomb et Grande Tomb, situées en plein milieu du Golfe, qui sont revendiquées par les Émirats Arabes Unis. Ces îles sont fortifiées en profondeur, militarisées, dotées de lance-missiles. En novembre 1972, les Émirats ont présenté un recours devant la Cour de Justice Internationale (CIJ), en vue de la reconnaissance de leur souveraineté sur ces îles, mais la procédure a été retirée en 1995. 

Avec l'extension de la mer territoriale de 3 milles marins (5,5 kms) à 12 milles (22 kms) par la CNUDM de 1986, les eaux du détroit d'Ormuz se retrouvent partagées entre l'Iran et Oman. Ayant signé la CNUDM, Oman a conservé le tracé des anciennes voies de circulation dans le détroit, alors qu'elles se situaient en haute mer, à l'époque, c'est-à-dire hors de la juridiction des États. Leur tracé répond à la nécessité de faire traverser les navires dans une portion du détroit où les fonds sont suffisants pour assurer le transit des navires en toute sécurité. Oman a ratifié la CNUDM et se fonde sur son article 41 qui précise les mesures qu’un État peut prendre vis-à-vis d’un détroit où se trouve toute ou partie de sa mer territoriale, par exemple des mesures de séparation du trafic dans le cadre du passage en transit. Dans le cas présent, les navires étrangers traversent le détroit d’Ormuz dans les eaux omanaises par l’intermédiaire de deux voies : l’une en sens ouest-est large de 3 kms, l’autre en sens est-ouest large de 3 kms également, toutes deux séparées par une bande de même largeur au sein de laquelle la navigation est interdite. Le passage en transit est précisé par les articles 38 et 39 de la Convention. Un État ne peut suspendre le droit de passage en transit (art. 44) ; il existe une obligation de coopération entre les États afin d’assurer la libre navigation. Les USA se fondent sur les dispositions de la Convention, en tant que coutume internationale, afin de justifier la navigation de leur flotte navale dans le golfe persique, à travers le détroit, ou en mer de Chine. 

Compte tenu de la fragmentation actuelle de la communauté internationale, des tensions géopolitiques gérées par la loi du plus fort, que reste-il de légitimité au droit international ? L'Iran aura du mal a imposé un contrôle exclusif du détroit d'Ormuz aux autres États du Golfe, en ignorant la souveraineté d'Oman. Juridiquement les USA, qui n'ont pas ratifié la CNUDM, peuvent plaider l'ancien régime du détroit en eaux internationales, ouvertes à la libre navigation, mais aussi en ignorant la souveraineté d'Oman. 


Quel que soit l'avenir, le statut du détroit, de nombreux marins attendent des relèves d'équipage, leurs rémunérations, leur rapatriement. 

      


Retour à la page "Actualités"